Projet de « nouvelles modalités d’accompagnement » : un écran de fumée technocratique face au chômage massifié


Avis des élu.es FSU Emploi au CSEC du 9 septembre 2026

La FSU Emploi dénonce le projet de généralisation des nouvelles modalités d’accompagnement présenté à cette instance. Sous couvert d'innovation organisationnelle, d'optimisation et d'amélioration continue, la direction de France Travail cherche à imposer une rationalisation budgétaire et industrielle du service public de l'emploi. Ce projet n'est que de la poudre aux yeux destinée à masquer l'incapacité des politiques publiques à traiter la réalité du chômage structurel.

Alors qu'environ un quart de la population active française est inscrite à France Travail, la direction prétend répondre à cette crise sociale en modifiant de simples tuyauteries administratives et organisationnelles. La cause du chômage n'est pas un manque d’activation ou d'autonomie des privé·es d'emploi, mais la raréfaction des emplois décents. Aucun algorithme, aucun « push » automatisé ne créera les millions d'emplois manquants. Sans une politique ambitieuse de partage et de réduction du temps de travail (RTT) à l'échelle nationale, la problématique du chômage de masse restera totalement insoluble.


Le document présenté dévoile sans détours la logique comptable qui sous-tend ce nouveau modèle :

  • L'entassement de 80 à 85 % des usagères et usagers dans la modalité « Essentiel » avec une taille moyenne de portefeuille fixée à 500 privé.es d'emploi par conseillère, conseiller, pouvant grimper jusqu'à un plafond intenable de 700 usagers. Plafond intenable déjà dépassé dans de nombreuses agences ;
  • La liquidation de fait de la modalité « Guidé » au profit d'un traitement de masse.
  • La sous-traitance du métier d'accompagnement aux outils informatiques et à l'IA (applicatif SOPHIE/NOVA) pour gérer la surcharge via la segmentation automatisée, les actions groupées et l'auto-délivrance de services ;
  • La promesse fantaisiste de 60 000 à 135 000 retours à l'emploi supplémentaires par an découpée artificiellement « à moyens constants », uniquement par réallocation de charge sur le dos des agents.

Derrière les indicateurs lissés du baromètre social, la réalité de la dégradation des conditions de travail affleure dans le dossier lui même :

  • La direction est contrainte de reconnaître l'émergence d'une qualité empêchée et d'une intensification des tâches pour les conseillers en charge des portefeuilles Essentiel.
  • 69,2 % des agents des agences pilotes jugent le rythme des changements trop rapide, témoignant de la fatigue organisationnelle accumulée.
  • Le métier est saucissonné en 8 actes coeur (!) standardisés, dépossédant les personnels de leur expertise métier et du sens de leur mission de service public.

La FSU Emploi refuse d'être complice de la dématérialisation à marche forcée du service public de l'emploi.

Nous revendiquons :

  • L'abandon du déploiement de ce modèle cible et l'arrêt du gavage des portefeuilles « Essentiel ».
  • Une baisse drastique des charges de portefeuille (30 à 50 demandeurs d'emploi maximum par conseiller) pour garantir un suivi humain, personnalisé et décent.
  • La création de postes pérennes à la hauteur des besoins réels de la population inscrite.
  • L’abrogation de la loi dite « plein emploi », qui est un véritable échec.